Arrêt du tabac et prise de poids : comment réussir son sevrage sans frustration ?

Choisir d’arrêter de fumer est possible et surtout indispensable au maintien d’un bon état de santé. Mais souvent, la peur de prendre du poids représente un frein constaté à ce projet santé ou même un obstacle à l’origine d’une rechute. Il est vrai que l’arrêt du tabac peut engendrer une prise de poids allant de 5 à 6 kg, surtout durant les 3 premiers mois du sevrage.

Faut-il pour autant ne pas s’engager dans ce choix ? Non, les bénéfices santé à l’arrêt du tabac sont nettement supérieurs, et se faire accompagner en cas de prise de poids ou d’apparition de troubles du comportement alimentaire ou pour limiter une prise de poids reste la clé d’un sevrage réussi.

Que se passe-t-il quand on fume ?

Fumer entraîne une dépendance au tabac, mais en réalité, il n’existe pas une mais des dépendances au tabac.

  • La nature de la nicotine : La dépendance physique est due à la présence de nicotine. Contrairement aux idées reçues, la nicotine n’est pas une substance cancérigène ; ce sont plutôt 11 autres composés parmi les 4000 contenus dans une cigarette qui ont un pouvoir cancérigène déterminé.
  • Le mécanisme de l'addiction : Responsable d'une forte addiction, la nicotine pénètre en quelques secondes dans le cerveau pour activer les circuits de la récompense via des récepteurs spécifiques. Avec le temps, les « shoots » de nicotine augmentent le nombre de récepteurs et les désensibilisent, nécessitant toujours plus de substance pour qu'ils réagissent.
  • La variabilité du sevrage : Ce phénomène d'addiction est variable d'un individu à l'autre. Cette différence biologique explique pourquoi certaines personnes éprouvent plus de facilité ou de difficulté que d'autres à réussir leur sevrage.

Lors de la décision de l’arrêt du tabac, ce sont les substituts qui permettront de gérer cette dépendance au tabac.

  • La dépendance comportementale : Ce sont les habitudes et les rituels associés à la consommation de tabac comme par exemple la cigarette après le déjeuner associée à une tasse de café ou la pause travail avec les collègues …
  • La dépendance psychologique : C’est le lien que le fumeur entretient avec la cigarette, par exemple, la cigarette pour aider à gérer le stress, la cigarette associée à un instant de plaisir et de détente. La cigarette comme anxiolytique.

Que peut-on dire du tabac et de la prise de poids ?

La prise de poids lors de l’arrêt du tabac est en lien avec l’arrêt de la nicotine. Comment ?

  • Il est montré que la nicotine augmente les dépenses énergétiques et le métabolisme de base de 10 % environ. En somme, la dépense calorique augmente de 200 à 300 cal par paquet de cigarettes consommé. Cela par augmentation de la dépense énergétique dans différentes situations comme lors d’une activité physique ou lors de la digestion ou tout simplement pour favoriser l’élimination de la nicotine.
  • Comment ? La nicotine augmente le métabolisme des lipides, des glucides et des protéines.
  • La nicotine modifie le comportement alimentaire : Elle augmente le taux de sérotonine du cerveau et stimule par ce biais la satiété (non faim), de la même façon, elle augmente le taux de leptine hormone coupe-faim, enfin elle diminue les sensations olfactives et gustatives.
mesure de la dépense énergétique avec augmentation métabolisme

De fait, les patients fumeurs peuvent avoir un poids inférieur (en dehors du surpoids ou de l'obésité) au poids qu’ils auraient s’ils ne fumaient pas.

Vous craignez l'impact de l'arrêt du tabac sur votre balance ?

Anticiper est la clé pour stabiliser votre poids tout en retrouvant votre souffle.

Que constate-t-on à l’arrêt du tabac ?

À l’arrêt brutal du tabac et donc de la nicotine, ces effets s’arrêtent ou se trouvent modifiés, avec pour conséquence une prise de poids.

  • La sensation de faim est augmentée avec souvent une difficulté à trouver la satiété, avec pour risque une augmentation des quantités consommées.
  • Une augmentation de l’appétence pour le goût sucré et une augmentation des grignotages sucrés.
  • Idem pour le salé ou le gras, avec une augmentation de la consommation des aliments plus gras ou plus salés.
  • Des compulsions alimentaires

En pratique comment se faire accompagner ?

Lorsque je reçois des patients en cours d’arrêt du tabac et venus consulter pour être aidés soit face à leur dépendance soit face à un meilleur contrôle sur leur poids ou leur comportement alimentaire.

Que se passe-t-il ?

J’explique souvent qu’il est possible d’arrêter de fumer en limitant les risques de dépendance et la prise de poids. Je rappelle que pour aider face à la dépendance, les substituts nicotiniques sont très utiles et doivent être prescrits. Pour ce qui concerne la problématique du poids, une approche psychosensorielle et un travail sur les sensations alimentaires restent essentiels.

En aucun cas, je ne proposerai un régime restrictif dont je sais par expérience le caractère contre-productif dans cette situation.

Si le patient vient consulter avant l’arrêt du tabac Si le patient vient consulter dans un projet d’arrêt du tabac
Le repérage des risques de prise de poids est essentiel :
 
  • - Enquête alimentaire sur les quantités et la qualité alimentaire
  • - Déterminer si la cigarette était utilisée comme coupe-faim
  • - Rechercher des troubles présents ou passés du comportement alimentaire
  • - Demander si des tentatives précédentes d’arrêt ont eu lieu et si oui, ont-elles été accompagnées d’une prise de poids importante
L’attitude sera la même et consistera à évaluer les risques d’échecs et de prise de poids.
 
  • - Et notamment interroger sur le type de substituts nicotiniques mis en place
  • - Repérer un éventuel syndrome de sevrage
  • - Conseiller une activité physique adaptée
  • - Là encore mettre en place une alimentation non restrictive, équilibrée et basée sur les sensations alimentaires et le goût.
  • - Respecter les habitudes de structures alimentaires par exemple :  pour une personne qui n’avait pas l’habitude de faire un petit déjeuner, il ne faut pas lui en imposer un même dans un souci de meilleur équilibre alimentaire avec un petit déjeuner.

Souvent, les personnes viennent consulter un nutritionniste après l’arrêt du tabac, ce qui a entrainé une forte prise de poids. Dans cette situation, je vais également travailler sur un potentiel lien entre alimentation et tabagisme même ancien. Proposer un programme de perte de poids est toujours possible, même si ce dernier est en lien avec un sevrage tabagique récent ou ancien.

Les substituts nicotiniques disponibles

  • Les patchs nicotiniques
  • Les gommes à mâcher
  • Les pastilles à sucer

Ces substituts se trouvent en pharmacie et peuvent être pris en charge

Conclusion 

Effectivement, prendre du poids suite à l’arrêt du tabac est une réalité dont il faut tenir compte. Toutefois ce n’est ni une fatalité et ni irréversible, car il est possible de se faire accompagner en cours de sevrage si l’on souhaite limiter la prise de poids ou si l’accompagnement est décidé après l’arrêt du tabac, perdre du poids reste également un objectif réalisable.

Mon rôle est de vous soutenir dans votre projet et cela quel que soit le stade de mise en route de la perte de poids.


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