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ADA 2019 : le diabète de type 2, une maladie réversible grâce à l’alimentation


Par Marielle Ammouche le 21-06-2019


L’étude Direct montre le bénéfice d’un régime alimentaire intensif sur l’amélioration de la fonction pancréatique. 


Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, les cellules pancréatiques ne seraient pas endommagées de façon irréversible au cours de la phase précoce du diabète de type 2. Et avec un régime très strict, il serait donc possible d’obtenir une rémission de la maladie. C’est ce que révèle l’étude Direct dont de nouveaux résultats ont été présentés à San Francisco à l’occasion des 79èmes Journées scientifiques de l’American diabetes association (ADA, San Francisco, 7-11 juin 2019). 


Cette étude avait déjà montré en 2017 qu’environ la moitié (46 %) des sujets diabétiques soumis à un régime alimentaire strict étaient en rémission (HbA1c inférieure à 48 mmol / mol (6,5 %) ; et glycémie à jeun inférieure à 126 mg / dl ; pas d’utilisation d’antidiabétique) au bout d’un an. Le régime consistait, dans un premier temps, à remplacer totalement les repas par une préparation contenant 825 à 853 kcal/jour et cela pendant 12 à 20 semaines, puis à réintroduire de manière progressive, pendant 2 à 8 semaines, les aliments et ensuite à fournir un soutien structuré pour le maintien de la perte de poids. 


Les nouvelles données présentées cette année ont suivi ces sujets en rémission. Elles montrent que... 


36 % d’entre eux présentaient toujours une rémission de leur DT2 après deux ans (contre 3 % des témoins). Les chercheurs ont ensuite quantifié la proportion de cellules bêta-pancréatiques fonctionnelle en dosant la sécrétion d’insuline. Ils se sont alors aperçus que chez les sujets du groupe intervention, cette sécrétion s’accroissait (de 0,58 à 0,94 nmol/min/m2 après 2 ans), et devenait comparable à celles des témoins (1,02 nmol/min/m2). 


Pour Roy Taylor (Newcastle, Royaume-Uni), investigateur principal de l’étude, « les personnes atteintes de diabète de type 2 ont désormais un choix plutôt qu’une peine à perpétuité. S’ils utilisent une méthode simple et efficace de réduction pondérale, les diabétiques de type 2 précoce peuvent retrouver une santé normale permettant de réduire considérablement le risque de complications graves à long terme associées à la maladie, telles que les maladies cardiaques. Le diabète de type 2 est un état réversible et la rémission peut être atteinte et maintenue. Notre recherche a également permis de découvrir un message clé concernant la perte de poids. En effet, l'approche lente et régulière apparaît difficile et fructueuse dans peu de cas. En revanche, l’approche intensive à court terme suivie d’une période longue de contrôle du poids visant à éviter la reprise, s’est révélée plus productive. 


Sources :


Journées scientifiques de l’American diabètes association (ADA, San Francisco, 7-11 juin 2019).


https://diabetes.diabetesjournals.org/content/68/Supplement_1/66-OR

Les vertus du coaching pour maintenir le poids après amaigrissement volontaire


Par Pr Philippe Chanson le 24-12-2019


La reprise du poids, après amaigrissement volontaire, est malheureusement fréquente. La plupart des résultats publiés des programmes de prise en charge du poids portent surtout sur la perte de poids à court terme plus qu’au maintien du poids à long terme. Afin d’évaluer le bénéfice d’un coaching en complément d’un programme de maintien du poids reposant sur une surveillance des données de santé électronique, une étude randomisée contrôlée a été mise en place dans des cabinets de médecine affiliés à un centre académique médical à Pittsburg.


Des patients adultes ayant un IMC ≥ 25 kg/m2 et qui avaient perdu de manière volontaire au moins 5 % de leur poids dans les 2 années précédentes, sans chirurgie bariatrique dans les 5 années précédentes, ont participé à l’étude. Ils étaient assignés de manière randomisée soit à utiliser un système électronique d’enregistrement des données de santé, soit ce même système électronique complété d’un coaching. Le système électronique des données de santé comportait des feuilles de suivi du poids, du régime et de l’activité physique, des questionnaires standardisés et des alertes. En plus de ce système électronique, le groupe avec coaching recevait chaque mois un coaching personnalisé à l’occasion d’un contact organisé, à travers le portail de données de santé du patient.


Parmi les 194 participants randomisés, dont l’âge moyen était de 53.4 ± 12.2 ans et dont 74 % étaient des femmes, 157, soit 81 % ont fini l’étude. Le poids moyen basal était de 85.8 ± 19.1 kg et l’IMC basal de 30.4 ± 5.9 kg/m2. A 24 mois, la reprise de poids moyenne était de 2.1 ± 0.62 kg dans le groupe suivi électronique + coaching et de 4.9 ± 0.63 kg dans le groupe suivi électronique seul. La différence entre les deux groupes, en termes de variation du poids à 24 mois était significative (-2.86 kg ; IC 95 % = -4.6 à -1.1 kg). A 24 mois, 65 % des participants du groupe coaching + suivi électronique et 50 % des patients du groupe électronique seul ont maintenu une perte de poids d’au moins 5 %.


En conclusion, chez les adultes ayant perdu volontairement du poids, l’utilisation d’outils électroniques de suivi associée à un coaching est plus utile pour maintenir le poids que l’outil électronique seul.


Sources :
Conroy M.B. et al. Effect of electronic health record-based coaching on weight maintenance. Ann Intern Med 2019 ; 171 : 777-784.
Tsai A.G. Integrating obesity treatment into routine primary care. Ann Intern Med 2019 ; 171 : 847-848.


https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31711168

Quand la malbouffe conduit un adolescent à la cécité 2


Par Pr Philippe Chanson le 31-12-2019

On sait que la « malbouffe » est à l’origine de nombreux problèmes de santé : maladies cardiovasculaires, obésité, cancers. Il faut savoir aussi qu’une alimentation à base de malbouffe, enparticulier lorsqu’elle est exclusive, peut altérer de manière permanente le système nerveux central.


L’histoire rapportée dans Annales of Internal Medicine est celle d’un garçon de 14 ans qui se plaignait d’une fatigue. En dehors d’être un enfant difficile pour la nourriture, il allait bien et ne prenait pas de médicament. Le bilan a montré une anémie macrocytaire, conduisant à faire doser la vitamine B 12, trouvée abaissée sans anticorps anti-facteur intrinsèque ou élément en faveur d’une maladie coeliaque. Il a donc été traité par injection de vitamine B12 et conseils diététiques. A l’âge de 15 ans, il a développé une perte auditive. L’ensemble du bilan était négatif. Puis il a développé des troubles visuels et finalement, à l’âge de 17 ans, après deux ans de perte visuelle progressive, une neuropathie optique a été mise en évidence avec des anomalies nettes au fond d’oeil, au champ visuel et aux potentiels évoqués visuels. L’IRM était strictement normale et les examens de laboratoire ont montré la persistance de la macrocytose avec des concentrations, cette fois, normales, de vitamine B12. Toutefois, les taux d’homocystéine et d’acide méthylmalonique étaient élevés, indiquant un déficit en vitamine B12 fonctionnel.


Une enquête alimentaire plus poussée n’a pas retrouvé de prise d’alcool ou de drogue. L’IMC était de 22 kg/m2 mais le patient a reconnu que depuis l’école élémentaire, il ne mangeait pas certains types d’aliments. En fait, il prenait chaque jour des frites chez un vendeur de frites local et des sandwichs de pain blanc avec du jambon et des saucisses. Il avait arrêté les injections de vitamine B12. Ses concentrations de cuivre et de sélénium étaient basses, celles de zinc étaient élevées et les taux de vitamine D étaient bas, de même que la densité minérale osseuse. Les biopsies gastro-intestinales et le fibroscan étaient normaux et il a donc eu des suppléments nutritionnels pour corriger ses déficits. Les neuropathies optiques d’origine nutritionnelle sont plutôt d’origine malabsorptive ou en rapport avec des médicaments ou une mauvaise alimentation associée à un alcoolisme ou à un tabagisme mais les causes purement nutritionnelles sont rares dans les pays développés. Les déficits en vitamine B1, B2, B3, B6, B9 et B12 et en cuivre ont probablement été combinés chez ce patient, contribuant à son atteinte neurologique.


La malbouffe est pauvre sur le plan nutritionnel mais riche en termes énergétiques et peu coûteuse, ce qui explique qu’elle soit à l’origine d’IMC élevés et associée à un statut socio-économique faible et une mauvaise santé. Les enfants ou les adolescents difficiles sur le plan alimentaire peuvent conduire, du fait de ces troubles du comportement alimentaire, à une alimentation de type malbouffe. Il s’agit clairement d’une cause possible de neuropathie optique nutritionnelle qu’il faut explorer chez les patients dont les troubles visuels sont inexpliqués.


Sources :


Harrison R. et al. Blindness caused by a junk food diet. Ann Intern Med 2019 ; 171 : 859-861

Obésité : la Cour des comptes cible les industriels 4


Par Marielle Ammouche le 13-12-2019


Dans un rapport sur la prévention et la prise en charge de l’obésité, la Cour des comptes reconnaît les politiques volontaristes mises en place ces dernières années, mais critique le manque de coordination, et l’attitude des industriels qui freine les avancées.


La lutte contre le surpoids et l’obésité est un défi majeur. En France, le surpoids concerne 49% des adultes et 17% des enfants de 6 à 17 ans. Dans ce contexte, les pouvoirs publics ont mené, depuis 2001, divers plans et programmes pour tenter de mieux prévenir cette pandémie. Certains résultats positifs ont été constatés. Ainsi, depuis 2005, le nombre de personnes obèses s’est stabilisé. En revanche, les études montrent que les inégalités sociales et territoriales se sont aggravées, en particulier dans les départements d’Outre-mer.


"Les politiques de prévention et de lutte contre l’obésité sont volontaristes, en particulier les campagnes d’information et de communication, mais elles souffrent d’un manque de lisibilité et de coordination, et leurs effets sont, par ailleurs, difficiles à mesurer", résume la Cour des comptes, qui vient de publier un rapport sur ce sujet. Les programmes souffrent ainsi d’un défaut de pilotage, et d’un manque de coordination. En conséquence, "la déclinaison des plans s’est faite de manière hétérogène" sur le territoire, affirment les auteurs du rapport.


Une obligation du NutriScore


Les Sages recommandent par ailleurs des mesures plus incitatives vis-à-vis des industriels. En effet, les mesures actuelles concernant la qualité de l’offre alimentaire ne reposent que sur la bonne volonté de ces derniers, "ce qui favorise les mauvais comportements alimentaires des populations les plus vulnérables et en particulier des enfants, soumis à un marketing intensif à la télévision et sur d’autres supports", souligne la Cour des comptes. Les auteurs du rapport reconnaissent l’utilité du Nutri-Score, mais soulignent la mauvaise volonté des industriels, considérant que cet indice "devrait être rendu obligatoire dans le droit européen pour être pleinement efficace", ce qui n’est pas encore le cas car cela "se heurte encore à l’opposition d’une partie des industriels du secteur de l’agro-alimentaire".


Parmi les leviers envisageables pour améliorer la situation, la Cour des comptes propose d’envisager une taxation des produits nocifs pour la santé, à l’instar du tabac, ou des boissons sucrées, et qui a "démontré son efficacité dans plusieurs pays". "Une action plus résolue pourrait être envisagée, au vu d’une évaluation approfondie de son impact" jugent les sages. En outre, la "loi Lurel", votée en 2012 pour limiter le surdosage en sucre pratiqué par l’industrie alimentaire dans les produits destinés aux départements d’outre-mer, "reste inappliquée près de 7 ans après son adoption". Les auteurs du rapport recommandent donc de revoir les conditions de son application effective. Des taux maximaux de sel, de sucre et de gras dans la composition nutritionnelle des aliments, pourraient aussi être déterminés au terme d’une concertation avec les industriels.


Enfin, concernant la prise en charge médicale des patients, les sages jugent qu’elle "est encore insuffisante malgré les efforts engagés, notamment pour les enfants, dont le suivi s’est amélioré grâce aux réseaux pédiatriques de prévention et de soins et aux centres spécialisés de l’obésité".


Sources :


Rapport Cour des comptes, 11 décembre 2019

https://www.ccomptes.fr/system/files/2019-12/20191...